J'ai remplacé mon iPhone 13 pro max par un iPhone 4S.
Bye bye smartphone, it's been nice
Je suis né dans les années 2000 et pourtant, j'ai en grande partie eu une enfance des années 90. Eh oui, mes frères et sœurs ayant environ 7 ans de plus que moi, j'ai baigné dans la pop culture de ces années surtout à travers le prisme de la technologie.
Si je raconte ça, c'est que récemment, j'ai, je l'avoue, une certaine nostalgie pour cette époque. Quand je parle de nostalgie, je ne parle pas d'un C'était mieux avant aveugle et sans intérêt mais d'un réel malaise quand à notre rapport au monde, à la technologie et plus globalement, avec la direction dans laquelle vont nos sociétés. Là où on nous avait promis un futur utopique où tous nos problèmes allaient être réglés par le sacro-saint progrès, j'ai la sensation viscérale qu'on s'enfonce dans un mélange des pires dystopies qu'il m'ai été donné d'entendre.
J'ai toujours été un fan de technologie — étant donné que j'ai grandit avec. Mais là où avant j'étais un fervent défenseur d'Apple et de Steve Jobs — oups — je suis, aujourd'hui, philosophiquement plus proche d'un John Perry Barlow, d'un Aaron Swartz ou d'un mouvement comme celui des Cypherpunks. C'est-à-dire que pour moi, la technologie et notamment internet est censé nous libérer de la tyrannie des États en permettant à presque n'importe quel individu de prendre connaissance ou de partager n'importe quel savoir à presque n'importe qui et n'importe quand et tout ça de manière anonyme, notamment grâce à la cryptographie. Internet se devait d'être un endroit libre, les eaux internationales de l'esprit, mais aujourd'hui, il est devenu un espace de collecte de données massive, de cyber-surveillance, de techno-féodalisme et bientôt un non-espace à cause des IA.
Dans toute cette histoire, il y a un objet que je pense central, c'est le smartphone. Son adoption a été rapide, massive, il est aujourd'hui un outil indispensable qu'aucun n'oserait remettre en question. Et pourtant, c'est ce que j'ai décidé de faire en passant une semaine avec un iPhone 4S en 2026.
Alors, soyons clair, oui l'iPhone 4S était un smartphone et il l'est encore un peu. Cependant, je considère qu'à son niveau d’obsolescence actuel, il frôle aujourd'hui la limite avec un dumphone. Pour un usage quotidien, on est obligé de le rétrograder sur iOS 6, et là encore, uniquement certaines applications pré-installés fonctionnent encore. En bidouillant on peut faire à nouveau fonctionner maps et météo mais c'est tout ce qu'on arrivera à faire sans trop rentrer dans du bricolage intensif.
Ceci étant dit, avant de parler de mon expérience en elle-même, j'ai envie de m'attarder sur un élément en plus.
Pourquoi faire ça ? Est-ce que je ne pouvais pas juste supprimer les réseaux sociaux de mon téléphone et mettre une limite de temps d'écran ? Eh bien, j'ai essayé. Et je tiens deux semaines avant de désactiver la limite. Le revers d'avoir grandit avec la technologie c'est qu'on en est si familier qu'elle en devient un réflexe. Dès qu'on a une question on sort son téléphone, un temps d'attente on sort son téléphone. On en est tous addicte. Et en même temps, c'est normal, les applications — et surtout les réseaux sociaux — ont étés optimisés pour nous y faire passer un maximum de temps. Je vais pas m'attarder sur le sujets car il mériterai un article à lui tout seul. Mais si il y a une chose à retenir, je pense, c'est que nos smartphone ont le design qu'ils ont aujourd'hui à cause des réseaux sociaux. En design, on ne créer pas selon notre envie mais selon les besoins de l'audience, or, quand ces besoins sont artificiellement crées par des procédés addictifs afin de tirer profit de nos faiblesses mentales, le produit devient lui même source d'addiction. En d'autres terme, le grand écran agréable pour regarder du contenu, les appareils photos de super mega top qualité pour tout photographier, le grand espace de stockage pour stocker ces dernières et enfin la batterie qui dure 48h, tout ces éléments sont la conséquence de notre addiction aux réseaux sociaux et à notre volonté de tout partager. Les deux évoluent en concomitance. Garder son iPhone pro max dans sa poche sans les applications addictives dedans, c'est comme vouloir arrêter de fumer mais quand même garder un paquet de cigarette vide dans sa poche. Y'a la sensation, l'odeur, tout nous rappel notre addiction et on serait censé pouvoir s'en sortir comme ça ? J'ai un doute.
Retourner à un produit qui fait le minimum est certes beaucoup plus radical mais lui, au moins, ne s'encombre pas du superflus.
Le test
Pour la partie test, je préfère lister les éléments sous forme de liste à point. ça sera plus lisible et après tout, je fais ce que je veux.
- Déjà, une première observation, l'iPhone 4S est carrément plus léger qu'un iPhone 13 pro max. Ça parait bête dit comme ça, mais ça a son importance. La légèreté fait presque oublier le produit dans sa poche. Comme si il n'existait que quand nous avions besoin de lui.
- Dans la même veine, j'avais pris l'habitude de me balader les mains dans mes poches, surtout par peur de me faire subtiliser mon téléphone par des pickpockets. Désormais, je m'en fiche un peu de me faire voler mon iPhone 4S. Certes, ça serait un peu embêtant mais il n'y a pas tant de données personnelles dedans. Et puis, il n'a pas de si grande valeur, je suis même prêt à parier qu'un pickpocket tombant dessus me le rendrait.
- Un petit problème que j'ai rencontré, c'est que cela faisait plus d'un an que je vivais sans wifi, uniquement avec le partage de connexion. Sauf que l'iPhone sous iOS 6 n'a pas cette fonctionnalité. J'ai donc pendant quelques temps du me reposer sur le partage de connexion de ma conjointe.
- La batterie du téléphone tient étonnamment bien, sauf en 3g. Là c'est la catastrophe. Je peux passer une journée en wifi et perdre 15%, dès que je me mets en 3g, je perds 40% en une heure.
- Autre friction que j'ai eu, j'ai l'habitude de payer avec Apple Pay, bon bah là, y'a juste pas. Donc retour à la carte physique. Il n'y a d'ailleurs pas non plus d'application bancaire. Donc impossible de vérifier son solde.
- Niveau communication, on ne peut utiliser que les sms, mms, iMessage et appels. Il n'y a aucun moyen d'installer Signal — pour des raisons d'obsolescence de sécurité notamment. Étant donné que c'est l'application que j'utiliser le plus pour parler à mes proches, je ne peux désormais l'utiliser que chez moi sur ma tablette ou mon ordinateur.
- L'iPhone 4s n'est pas le meilleur outil en terme de vie privée en général, étant donné que c'est un critère important pour moi, cela me fait me poser la question de combien de temps je vais le garder.
- Les quatre grands opérateurs français (SFR, Bouygues Telecom, Orange et Free Mobile) ont décidés de la mort de la 3G pour décembre 2028. À ce moment là, l'iPhone ne sera tout bonnement inutilisable. Je serai donc contraint de changer de téléphone à ce moment là.
- Au quotidien, je suis "obligé" de garder mon iPhone 13 pro max pas trop loin, notamment pour le travail mais aussi pour la praticité de pouvoir avoir les billets de train dessus, pouvoir regarder le solde de son compte en banque, de pouvoir avoir une carte GPS hors connexion etc...
Conclusion
Au moment où je publie ce billet de blog, cela va maintenant faire environ 3 semaines que j'utilise l'iPhone 4S comme téléphone principal et je ne compte pas revenir en arrière.
À chaque apparition d'une nouvelle technologie, nous faisons l'éloge du progrès qu'elle représente et de ce qu'elle nous apporte mais jamais de ce qu'elle nous fait perdre. Or, c'est en prenant du recul sur nos usages que l'on se rend compte de ce que l'on a perdu. Et j'ai la sensation que la smartphone d'aujourd'hui nous a fait perdre beaucoup de notre humanité.
Et puis, comme évoqué plus haut, le smartphone a crée des besoins artificiels que nous n'avions pas avant. Si on analyse froidement les vrais besoins du quotidien, la majorité de nos usages peuvent être reportés sur un ordinateur. Une fois ceci fait, le téléphone peut alors reprendre sa juste place, un outil permettant de communiquer une information plus ou moins brève qui ne peut pas attendre des retrouvailles en physique.
À partir d'aujourd'hui et jusqu'à nouvel ordre : bye bye smartphone, hello dumphone
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